Type d'article
Portrait

Témoignage de Tony Vanpoucke, fabmanager de l'Edulab

Le Fablab (laboratoire de fabrication) de l’Université Rennes 2, appelé Edulab, est un lieu de fabrication numérique, d’apprentissage et d’expérimentation où l’apprentissage par le faire est mis en avant.

Un fablab, intégré au réseau Labfab, est un lieu de fabrication et d’échanges en direction de publics variés : étudiant·e·s, enseignant·e·s, personnels, particuliers et professionnel·le·s se retrouvent autour de projets à réaliser. Un fablab est un espace ouvert d’expérimentation et d’apprentissage dédié à la fabrication numérique, où chacun peut coopérer et apporter ses connaissances et compétences. L’objectif principal étant d’amener un large public vers un apprentissage par le faire.

Le public peut y créer des objets, expérimenter des techniques, suivre des ateliers ou encore y faire de la veille sur les outils numériques. Pour cela, le fablab propose des formations, des ateliers thématiques, des temps de débats ou encore des expositions. Il met également à disposition des outils de fabrication numérique tels que des découpeuses laser, des imprimantes 3D ainsi que des cartes programmables Arduino. L’ensemble de ces outils est mis gratuitement à disposition du public. Il est cependant nécessaire de réserver pour avoir accès aux différentes machines. Seuls les éventuels consommables utilisés lors des projets sont à la charge de l’utilisateur.trice qui en fait la demande.

Cet espace est ouvert la majeure partie du temps aux usagers de l’université. Lors des Openlab (ouvertures publiques) le lieu s’ouvre à tou·te·s, que ce soit des particuliers ou des structures extérieures de la ville de Rennes et cela à raison d’une journée et demi par semaine (mercredi après-midi et vendredi).

Quelles activités avez-vous pu mettre en œuvre dans le cadre du Fablab ?

T. V. Lorsque je suis arrivé au fablab en 2017, un certain nombre d’activités et d’usages étaient déjà en place dans le lieu. Les étudiant.e.s et habitant.e.s étaient habitué.e.s à un fonctionnement du lieu et avaient bien saisi le champ de ce qui leur était proposé. En revanche, le fablab restait assez expérimental : il ne communiquait pas, ne fonctionnait pas continuellement et n’avait pas vraiment d’horaires fixes. Une des premières choses à faire a été réalisée grâce à David Puzos, chercheur doctorant chez UMR ESO, qui gérait le lieu avant moi. En effet, il s’est chargé de faire un point sur les usages du lieu pour y proposer une grille de lecture. À ce moment-là, nous avons donc défini les premières activités du lieu :

  • les Openlabs, temps d’ouverture publique (les mercredis et vendredi après-midi) ;
  • les Midis de l’Edulab, temps de discussion autour du numérique (2 midis par semaine) ;
  • assurer des liens entre les cours et le fablab.

Ensuite, à la rentrée 2017, nous avons rapidement proposé deux nouveaux formats que le public demandait implicitement : les « formations Edulab », mises en place lors de trois sessions par an. Celles-ci étant des formations aux outils en fablab et les Workshops, un par mois, permettant aux étudiant.e.s d’investir de manière collaborative des projets de fabrication parfois assez ambitieux.

Comment a évolué le Fablab ces dernières années ?

T. V. Ces activités mises en place dans le cadre du fablab peuvent parfois paraître comme des services qui s’implémentent les uns après les autres. Or, ces dernières sont vouées à changer en permanence en fonction des usages du public, mais aussi du contexte territorial. En 2021, il y a plus de fablabs sur le territoire qu’en 2017. De ce fait, les publics se répartissent de plus en plus par localités ou par affinités. Nous avons donc aujourd’hui un public qui a changé par rapport à il y a 3 ans (davantage d’étudiant.e.s, d’habitant.e.s des quartiers ouest et centre). Par exemple, les formations que nous donnons à l’Edulab sont surtout des initiations, invitant les apprenant.e.s à l’autoformation dans des lieux de type fablab. Ces formations de base étaient les seules sur le sujet de la fabrication numérique à Rennes en présentiel durant 2 ans. Maintenant que d’autres fablabs en proposent, nous allons pouvoir réimaginer avec ces acteur.trice.s leurs contenus pour répondre au mieux aux nouvelles attentes des apprenant.e.s.

De la même manière, de nouveaux usages et besoins se font sentir au fil des années. Cela s'est amplifié avec la crise sanitaire que nous traversons. Beaucoup d’étudiant.e.s et d’usagers montrent un vrai enthousiasme à se retrouver en petites communautés thématiques (textile, prototypage de jeu, pratique du code). Depuis début 2020, nous avons 3 groupes de travail, nous pensons donc qu’il serait intéressant de repenser nos activités pour favoriser cette dynamique.

Enfin, l’université diversifie aujourd’hui le nombre de tiers-lieux sur le campus, nous sommes aujourd’hui très enthousiastes à l’idée de pouvoir créer des parcours de pratiques dans ces nouveaux lieux naissants.

Quelles sont vos missions actuelles à l’Edulab ?

T. V. En tant que fabmanager, ma première mission est de gérer le fablab en tant que lieu : au niveau local cela signifie, programmer son activité et faire en sorte que les machines soient fonctionnelles et accessibles à tou.te.s. Je dois également avoir un regard plus « marco » sur l’activité et faire en sorte de sentir les usages futurs ou collaborer avec d’autres acteurs du territoire. Ma seconde mission concerne l’accueil des publics : veiller à ce que les publics accèdent au lieu et s’y sentent avoir leur place. Il faut pour cela qu’ils soient accompagnés dans leur projet (par les usagers ou moi-même). Mais, ce qui est le plus important à mon sens (et le plus difficile), c’est de faire en sorte de créer une communauté d’usage. Chaque année, le fablab est entouré d’un certain nombre d’étudiant.e.s et de personnes extérieures qui vont avoir une pratique de plus en plus autonome. Je pense que c’est cette dimension qui est la plus importante dans un fablab.

Qu’avez-vous mis en place au vu du contexte actuel ?

T. V. Le contexte actuel a beaucoup bousculé nos habitudes et celle de nos usagers qu’ils soient étudiant.e.s ou extérieur. Je pense qu’en réponse à notre fermeture liée à la covid, les réponses sur les activités ont été multiples et se sont progressivement changées dans le temps.

Premièrement et à peine quelques jours après les annonces du confinement, un réseau composé d’un noyau de fabmanagers, d’acteurs associatifs, d’usager.ère.s et d’acteur.trice.s institutionnels ont commencé à organiser une réponse à la pandémie sous forme de fabrique citoyenne de visière et de masques à destination des personnels soignants, des pharmaciens et des commerces locaux (collectif makers-contre-le-covid). L’Edulab comme d’autres lieux se sont donc changés en une grande chaîne d’usinettes de secours (les machines furent déménagées à nos domiciles) avec un réseau de distribution issu des réseaux associatifs. De cette manière et durant deux mois, Rennes était en capacité d’aider à l’échelle de plus d’une centaine de visières par jour.

Cette production de secours ne fut pas notre seule activité, puisque qu’en parallèle nous avons dû réfléchir à des modalités de continuité d’activité pour les usagers étudiant.e.s et extérieur.e.s. Nous avons dans un premier temps ouvert des clavardages et des salons d’entraide en ligne tous les vendredis après-midi et co-animés par des étudiant.e.s. Mais, la pratique et le faire ensemble ayant une place particulière dans les fablabs, le passage de nos activités en distanciel fut une tâche complexe. Nous avons des activités programmées (formations, workshops), mais par le déroulé nécessaire pour jouer ceux-ci en ligne. Dans un premier temps, nous avons réalisé une série de deux ateliers en ligne avec la designer Bérengère Amiot. En accord avec cette dernière, nous avons tenté de faire passer l’aspect pratique de nos ateliers par une série d’outils de simulation en ligne. Le résultat fut assez contrasté, entre problèmes de connexion et de synchronisation entre les outils, cette transposition ne favorisait pas le collaboratif et transformait l’expérience en sorte de tutorat dans lequel les meilleur.e.s montrent aux plus débutants. Suite à ce constat (dont le résumé a fait l’objet d’un article sur le site Labfab), nous avions une meilleure base pour un format inédit d’atelier, correspondant mieux à la visioconférence : minimiser les outils numériques déployés, prioriser l’écrit et l’oral entre pairs pour gommer les disparités de niveaux entre les participants. Nous avons donc créé une seconde série d’ateliers nommés « Lab’en Juin », en partenariat avec Laurent Mattlé alors fabmanager de l’Université de Rennes 1. Ces ateliers étaient des sortes de jeux de rôles, dans lesquels nous proposions de designer des projets hypothétiques. Le résultat était très intéressant, nous pouvions voir à quel point les efforts collectifs et les sensibilités de chacun transparaissaient sur les projets. Ces formats sont d’ailleurs encore en cours de documentation.