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Le projet comme processus : le format « hackathon »

Du 6 au 20 mars dernier se tenait le hackathon « Capter Pasteur » en lieu et place du nouvellement rénové « Hôtel Pasteur », ancienne fac de médecine transformée en école et en vastes tiers-lieux.

L’événement fut piloté par l’association IDLV et les nouveaux résidents permanents de l’Hôtel : l’équipe de la Conciergerie et de l’Edulab Pasteur. Cet hackathon à distance, avait pour objectif de proposer à quelques 25 participants d’horizons divers (développeurs, artistes, étudiants variés et habitants curieux) d’imaginer quels usages capter dans le bâtiment et par quel moyen y parvenir.

Au final, ce sont 4 propositions comme autant d’usages du lieu qui ont été retranscrites numériquement : cartographier les besoins des résidents, localier l’origine géographique des visiteurs, faire des diagrammes d’usages du lieu et enfin calculer les masses de déchets produits par le lieu. À la fin de la semaine, ces 4 projets furent présentés à un public en ligne et afin que l’ensemble du groupe puisse partager sur ces réussites ces échecs, mais aussi sur les poursuites de ces projets en dehors de ce temps de création dédié.

 

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"Capter Pasteur" fait partie d’un format aujourd’hui aussi populaire que questionné : le hackathon. Le principe peut se résumer simplement : réunir des participants d’horizons variés, dans un lieu unique avec une limite de temps, avec comme objectif de créer un projet dont la thématique est dévoilée en introduction de l’événement. Historiquement, le hackathon est relié à la pratique de la programmation en collectif. Or, ce format a gagné en popularité dans les années 2000 et a rapidement été investi par les milieux culturels, notamment avec les hackathons littéraires avant d’être étendu et décliné à un très large spectre de pratique créative. Aujourd’hui chaque « hackathon » se démarque par une terminologie différente, Gamejam, pour le jeu, Kino pour le cinéma ou encore Mix pour les lieux institutionnels (musées, bibliothèque …).

Depuis plusieurs années maintenant, ce format a connu en parallèle de son succès quelques dérives aujourd’hui connues et débattues. Certains hackathons sont ponctuellement montrés du doigt pour des problématiques de travail gratuit quand d’autres le sont pour leurs positions ambiguës sur la propriété de projets ainsi créés (ces projets appartiennent-ils aux participants ou aux organisateurs ?). Comme tout format d’animation, le hackathon reste soumis à l’intention portée par la structure organisatrice. L’étiquette que prendra chaque hackathon peut donc largement varier selon les acteurs qui la proposent, mais aussi d’un territoire à un autre. À travers toutes ces divergences, il faut se poser la question : que veut-on apporter au public via le hackathon ? Veut-on qu’il offre en un temps record des idées neuves ? Préfère-t-on qu’il valorise l’échange entre les entre personnes aux pratiques différentes ? Ou il peut s’agir d’expérimenter des projets ou des pratiques dans un format ludique ?

Au-delà de cette contextualisation de ce format, ce format d’hackathon doit également une partie de son succès à l’expérience qu’il propose aux participants. Le projet de l’hackathon est rarement une fin en soi. Au travers des éventuels réussites ou échecs de ce dernier, les participants nouent de véritables liens durables. Beaucoup de participants étudiants ou professionnels, ayant partagé ces temps, se retrouvent ensuite sur d’autres projets sans la « pression » soumise par le format. Aussi, le projet agit souvent comme un miroir de la dynamique de groupe et permet donc facilement aux participants d’avoir une attitude réflexive sur leur propre posture.

En septembre 2020, l’Edulab prenait part avec une équipe d’une dizaine d’étudiants à Opéramorphose, un hackathon de 3 jours et demi pour réinventer un Opéra nouveau, expérimental à l’aide d’outils numériques. Dans ce groupe d’étudiants, nous avions une moitié du groupe d’étudiant faisant partie du fablab éphémère de l’événement et la seconde qui était répartie dans les équipes de projets (1 étudiant de Rennes 2 par équipe). Chaque équipe était composée d’un professionnel de la médiation, d’un codeur, d’un maker et de professionnels de l’Opéra (chanteur lyrique, acteurs,…). Les étudiants ont très rapidement intégré le fonctionnement du hackathon et se sont finalement fondus dans les projets de sorte que professionnels et étudiants soient au même niveau dans un même projet. Parmi eux, 3 étudiants ont poursuivi les échanges avec des professionnels du territoire afin de monter des projets étudiants (projet d’« apréo-code » sur la base de l’événement du même nom proposé par le Stéréolux, Nantes) malgré quelques blocages liés aux conditions sanitaires.

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Loin d’être un simple « propulseur de projet », le format hackathon montre un certain intérêt pédagogique. Les fablabs universitaires co-organisent régulièrement des hackathons de rentrée pour créer du lien entre les différents niveaux d’une formation. Mais aussi pour que les étudiants se montrent entre pairs leur savoir-faire. Autre intérêt du dispositif, l’état du projet agit comme un thermomètre de la dynamique de groupe et peut permettre à des apprenants de vivre dans un format court beaucoup de contraintes et de bénéfices du travailler en groupe.